La compression dynamique du son (II)![]() |
| 1 et 2 : ratios de respectivement 7:2 et 5:3 (compression de dynamique) 3 : niveau de référence, ou seuil 4, 5 et 6 : ratios de 4:5, 3:7 et 1:7 (extension de dynamique) |
Pour vous rendre compte du résultat de ce type de compression, commencez par charger le son "guitare_non_compressee.mp3" dans Sound Forge. Vous constaterez que le petit solo de guitare possède une dynamique assez grande, et descend plusieurs fois à -30 dB. Ceci est parfait si le solo doit être intégré dans une musique très aérée, c'est à dire avec peu d'instruments, ou bien des instruments prenant peu de place (par exemple un morceau de soft jazz avec une batterie et une basse calmes, ainsi que la fameuse guitare, et rien d'autre). C'est comme lorsque l'on est en petit comité : il n'est généralement pas nécessaire d'augmenter le niveau de sa voix pour se faire entendre… En revanche, dans un morceau de hard rock chargé d'instruments excités, la guitare devra, pour être elle aussi bien présente, subir une compression dynamique (notons au passage que la distorsion est une forme de compression de dynamique).
Pour compresser l'enregistrement de guitare, allez dans " Effects >
Dynamics > Graphic " et choisissez la présélection (preset)
dénommée " Soft Knee compressor / gate -24dB threshold ".
Cet effet combine en fait un compresseur progressif (soft knee), ainsi qu'une
porte de bruit (gate) qui permet de supprimer partiellement le bruit de fond
de l'enregistrement, lorsqu'aucun son ne sort de la guitare (mis à part
le bruit de fond intrinsèque au système). Vous obtenez alors un
solo plus présent, même lorsque le jeu est doux, et dont les détails
sont mis en avant, comme par exemple le frottement des doigts sur les cordes.
Si vous voulez écouter le résultat de la compression sans faire
le traitement dans Sound Forge, écoutez le fichier sonore "guitare_compressee_soft_knee.mp3
". A présent, le son se retrouve la plupart du temps entre -9 et
0 dB, et ne descend plus en dessous de 15 dB.
![]() Le son du solo de guitare, avant et après compression et compensation automatique du gain |

La voix contenant un " p ", avant et après traitement. L'occlusive,
matérialisée ici par l'ensemble des crêtes les plus élevées,
est clairement écrasée par le compresseur (seconde photo d'écran).
Heureusement, il est encore possible de traiter le son pour réduire le niveau des occlusives. Dans cette optique, nous allons utiliser un compresseur multibande. Après avoir chargé le son cité précédemment, allez dans " Effects > Dynamics > Multi-band " et choisissez le preset dénommé " Reduce loud plosives ". Comme pour le compresseur précédent (qui s'appliquait à l'ensemble du spectre), vous avez accès au seuil (threshold), à l'attaque (attack) et au relâchement (release). Pour obtenir le son "chant_sans_occlusives.mp3", il vous suffit d'appliquer le preset tel quel, mais vous pouvez aussi modifier les paramètres pour voir ce que cela implique sur le son. Par exemple, si vous descendez le seuil très bas, cela aura pour effet de compresser les basses en permanence, ce qui reviendra quasiment à appliquer un filtre passe haut sur le son. Or ce n'est pas vraiment le but recherché, car le son de la voix deviendrait alors particulièrement froid et étriqué.

Le module "Multi-band Dynamics"
Dans le module de compression multibande, vous disposez de trois types de filtres : un passe bas (ou coupe haut, dit " High-shelf " en anglais), un passe haut (appelé aussi coupe bas, ou " Low-shelf "), et un coupe bande. Dans ce dernier cas, vous pouvez régler la largeur de la bande de fréquences affectée à l'aide du curseur " Width ". L'utilisation du compresseur multibande consiste en fait en plusieurs compresseurs chacun précédés de l'un des filtres cités ci-dessus (vous en disposez de quatre ici). Cela permet de traiter le signal plus précisément, sur certaines bandes de fréquences particulières, et non sur l'ensemble du spectre.
Un loop de batterie puissant
Je vous disais dans le numéro précédent qu'il ne faut
pas abuser de la compression, mais dans certains cas, cela peut produire un
effet vraiment intéressant ! Prenons par exemple une boucle de batterie
accompagnée d'une réverbération sourde et discrète
(disponible sous le nom "loop_sans_rc.mp3"). L'utilisation
du compresseur Renaissance Compressor de la société Waves permet
d'avoir un son très puissant, dont la réverbération est
plus présente, les percussions écrasantes (certes un peu agressives),
un peu comme ce que l'on entend dans certains morceaux de Massive Attack. Vous
pouvez entendre le résultat dans le fichier sonore intitulé "loop_avec_rc.mp3". Pour mieux profiter de cette boucle
de batterie, je vous conseille de choisir la lecture en boucle dans Sound Forge,
matérialisée par le visuel
.
Un limiteur est un compresseur dont le rapport de compression (ratio) a été fixé " à l'infini ", c'est à dire généralement à 1:50 (dans le cas de Sound Forge), voire à 1:100. Vous êtes ainsi certain que les crêtes ne dépasseront jamais la limite choisie, puisqu'une augmentation de 100 dB en entrée (c'est à dire toute la plage de dynamique d'un enregistrement en 16 bits !) aura pour conséquence une augmentation d'un malheureux décibel en sortie du limiteur. En revanche, il est parfois à craindre que le son se déforme du fait du traitement du limiteur. Comme je vous le disais, plus le ratio du compresseur est élevé, plus le son est déformé. Comme le ratio est, dans un limiteur, " infini ", ou pourrait croire que le son est totalement déformé. En fait, c'est faux si l'on prend soin de garder le seuil du compresseur assez haut, afin que seules les crêtes les plus fortes soient écrasées.
![]() Le limiteur est caractérisé par une pente horizontale à partir de son seuil de déclenchement. |
Notez au passage des évolutions intelligentes du limiteur, comme le plug-in Ultra Maximiser de la société Waves. Ce limiteur est dit préemptif, c'est à dire qu'il lit l'échantillon sonore de quelques dixièmes de secondes avant de le traiter, ce qui permet à ce module d'optimiser l'enveloppe du compresseur en fonction des crêtes du son d'origine. Vous n'avez donc plus à vous préoccuper de quelle attaque et de quel relâchement choisir, puisque l'Ultra Maximiser le fait tout seul, et plutôt efficacement.
Et l'extension de dynamique ?
Vous vous le demandiez peut être : si l'on peut compresser un son, peut-on au contraire étendre sa dynamique ? La réponse est oui, comme vous avez pu le déceler dans la figure 1. C'est même quelque chose d'utilisé assez souvent, pas forcément par les ingénieurs du son, mais dans certains cas comme par exemple avec la technologie Dolby. En effet, dans certaines situations, il est nécessaire de passer par un canal de transmission à fort bruit de fond (par exemple, les ondes hertziennes, ou la bande d'un cassette analogique). Dans ce cas, il est intéressant d'augmenter le niveau global du son avant que celui-ci soit transmis au travers de ce canal, puisqu'alors, le niveau du signal utile sera bien supérieur au niveau du bruit de fond intrinsèque au canal de transmission. Une fois le son arrivé à la destination (le préampli de votre lecteur de cassettes), le son peut subir à nouveau une extension pour retrouver sa forme originale. De part cette extension de dynamique, le bruit de fond qui s'était ajouté lors de la transmission du son au travers du canal voit son niveau abaissé. Il s'entend donc moins que si l'on n'avait pas utilisé ce système.
Plug-ins VST et DirectX
Nous avons cité les effets dynamiques propres à Sound Forge.
Il existe néanmoins de nombreux plug-ins DirectX et VST faisant le même
travail, parfois de manière plus poussée puisque ces modules sont
spécialisés dans un domaine particulier. Citons notamment les
plug-ins Waves (C1 Compressor/Gate, Renaissance Compressor…) et TC Works
(Native DeX, un dé-esseur, et Native L, un limiteur). Les compresseurs
logiciels sont nombreux, certains sont parfois meilleurs que d'autres, mais
généralement, ils se distinguent surtout par une fonctionnalité
spécifique. Par exemple, Renaissance Compressor propose plusieurs types
de modélisation de compresseurs physiques, gère la saturation
intelligemment etc. D'autres sont spécialisés dans la suppression
des sifflantes et des occlusives, comme le DeX de TC Works, De ce fait, vous
disposez avec ce plug-in de nombreuses présélections selon la
voix (homme ou femme) et le type de chant (doux, médium ou fort).
Mis à part certaines situations où l'on cherche un effet spécial, la compression est efficace lorsqu'elle est utilisée à bon escient et en finesse. Parfois, certains ingénieurs du son et techniciens qui s'occupent de la diffusion radiophonique (ou leurs directeurs respectifs) sont tentés d'en abuser, car plus le son est compressé, plus il paraît puissant et sonne fort - plus fort que le son des concurrents... En pratique, cette trop forte compression dénature le son et finit par fatiguer l'oreille du fait que la puissance du signal est sans cesse au maximum que le système de restitution permet d'atteindre. A titre d'exemple, je vous ai fourni un son compressé au maximum du niveau sonore permis par le support d'enregistrement, quelque soit le niveau en entrée (sous le nom "guitare_incroyablement_compressee.mp3"). Le niveau sonore, sur le vu-mètre de Sound Forge, reste donc constamment à 0 dB (si si, c'est possible !), même lorsque le son de la guitare est censé mourir.
La méthode pour obtenir ce massacre sonore est assez simple : il suffit d'ajouter un seul point en haut à gauche du diagramme de transfert de la fenêtre " Dynamics > Graphic ", comme montré sur le schéma suivant, ou bien de mettre le seuil au minimum (-80 dB), le ratio au maximum (l'infini), et l'option " auto gain compensate " activée. Notez en outre que vous pouvez obtenir des résultats similaires avec un autre module de compression dynamique dans Sound Forge, appelé " Wave Hammer ". Ce module est apparu avec la version 5 de Sound Forge et cumule un compresseur de dynamique et un maximiseur de volume relativement efficaces.
![]() Le module "Wave Hammer". |
Le résultat de notre "super-compression" est certes peu agréable à l'écoute mais demeure assez intéressant à étudier. D'une part, remarquons que la guitare, lorsqu'elle est censée mourir, reste très perceptible, voire même insistante et plutôt fatigante. D'autre part, toujours au moment où la guitare devrait s'estomper, on entend de plus en plus fort un bourdonnement en fond. Celui-ci est dû à l'alimentation du préampli sur le secteur, qui génère un bruit de fond à la fréquence de 50 Hz et à ses harmoniques (100 Hz, 200 Hz etc). En règle générale, le son utile (notre chère guitare) est suffisamment fort pour que ce bourdonnement reste peu perceptible. Mais ici, comme le niveau de la guitare s'affaiblit et que la compensation automatique du gain du compresseur contrebalance cette chute en augmentant progressivement le son, le niveau relatif du bruit de fond en est sensiblement augmenté. Enfin, vous aurez certainement remarqué la petite fausse note (un peu avant cinq secondes), elle qui passait quasi inaperçue sur le son d'origine.
![]() L'enregistrement de guitare un peu trop compressé. |
Conclusion
La compression est un outil puissant lorsqu'il est utilisé avec modération.
Une bonne compression, dans la plupart des cas, est une compression qui ne s'entend
pas, ou peu, sauf bien sûr si l'effet est volontaire comme dans le cas
précédent de la boucle de batterie. Alors, maintenant que vous
avez découvert les rouages de cet outil et que vous en connaissez les
limites, j'espère que vous l'utiliserez avec parcimonie ! Je remercie
Yoni et Fred pour leur participation au contenu sonore de cet article.